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Le fauteuil Voltaire : trois siècles d’élégance française

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Imaginez un instant : vous entrez dans un salon bourgeois du XIXe siècle, et là, trônant majestueusement près de la cheminée, se dresse un fauteuil au dossier imposant et aux accoudoirs généreux. Ce n’est pas n’importe quel siège, c’est un fauteuil Voltaire ! Cette pièce emblématique de l’art de vivre français a traversé les époques sans prendre une ride, et pour cause : elle incarne à elle seule l’alliance parfaite entre confort et raffinement. Mais d’où vient cette appellation si particulière ? Et comment ce meuble a-t-il conquis nos intérieurs pour devenir un incontournable de la décoration française ?

L’essentiel à retenir

  • Le fauteuil Voltaire tire son nom du célèbre philosophe qui s’est fait portraiturer dans ce type de siège
  • Né sous Louis-Philippe (1830-1850), il révolutionne le confort avec ses premiers ressorts
  • Sa silhouette reconnaissable : dossier haut, accoudoirs larges et lignes épurées
  • Aujourd’hui, il se réinvente avec des tissus contemporains tout en gardant son âme bourgeoise
  • Sa restauration demande un savoir-faire particulier, entre tradition et modernité

Aux origines d’un nom : quand Voltaire inspire un fauteuil

L’histoire commence par un portrait. François-Marie Arouet, dit Voltaire, pose dans son salon pour l’éternité, confortablement installé dans un grand fauteuil au dossier incliné. Cette image va marquer les esprits au point que ce type de siège prendra naturellement le nom du célèbre écrivain des Lumières.

Mais attention, ne nous méprenons pas ! Le philosophe n’a pas inventé ce meuble. En réalité, cette forme de fauteuil existait déjà, mais c’est bien grâce à lui qu’elle va acquérir ses lettres de noblesse. Quelle belle revanche pour un homme qui a passé sa vie à défendre le confort de l’esprit… et du corps !

Le véritable essor du fauteuil Voltaire coïncide avec l’époque de Louis-Philippe, entre 1830 et 1850. Cette période marque un tournant dans l’histoire du mobilier français : l’industrialisation naissante permet de démocratiser le confort, jusqu’alors réservé à l’aristocratie. Le fauteuil Voltaire devient alors le symbole de cette nouvelle bourgeoisie qui aspire au bien-être domestique.

Une révolution du confort : l’innovation cachée sous l’élégance

Ce qui rend le fauteuil Voltaire si particulier, c’est sa conception révolutionnaire pour l’époque. Imaginez : nous sommes au milieu du XIXe siècle, et pour la première fois, un fauteuil intègre de véritables ressorts dans son assise ! Ces fameux « élastiques », comme on les appelait alors, transforment complètement l’expérience d’assise.

Fini les sièges rigides et inconfortables ! Le Voltaire propose un rembourrage généreux, un dossier haut qui épouse parfaitement la courbure du dos, et cette fameuse « bosse » à hauteur des reins qui fait toute la différence. Les accoudoirs, larges et rembourrés, invitent à la détente et à la lecture prolongée.

Cette recherche du confort se traduit aussi dans les lignes du meuble. Contrairement aux styles précédents, souvent chargés d’ornements, le Voltaire privilégie la simplicité : des lignes épurées, marquées d’une simple doucine, qui mettent l’accent sur la fonctionnalité plutôt que sur la décoration ostentatoire.

D’ailleurs, petite anecdote amusante : certains modèles de l’époque étaient déjà équipés d’un système de crémaillère permettant d’incliner le dossier ! Nos fauteuils relax modernes n’ont donc rien inventé…

Les mille et une variantes d’un classique

Si le fauteuil Voltaire possède une silhouette reconnaissable entre mille, il n’en demeure pas moins qu’il existe une multitude de variantes. C’est là toute la richesse de ce meuble : il sait s’adapter aux goûts et aux besoins de chaque époque.

Le dossier, par exemple, peut prendre différentes formes. Le plus classique est droit, mais on trouve aussi des versions « en trèfle » ou « violonnées », dont les courbes rappellent l’instrument de musique. Certains modèles arborent même de petites « oreilles » sur les côtés du dossier, créant un cocon encore plus enveloppant.

Le Voltaire « à godrons », apparu un peu plus tard, mérite une mention spéciale. Réalisé en acajou, il se distingue par ses pieds sculptés et ses manchettes rectangulaires enroulées. Souvent équipé de roulettes, il témoigne de l’évolution du mobilier vers plus de praticité.

Mais la variante la plus surprenante reste sans doute celle avec assise à coussin amovible. Une innovation qui permet de changer facilement le revêtement selon les saisons ou l’humeur du moment !

L’art délicat de la restauration : entre tradition et modernité

Restaurer un fauteuil Voltaire, c’est un peu comme entreprendre un voyage dans le temps. Ce n’est pas un projet à prendre à la légère ! Entre mes mains sont passés des dizaines de ces fauteuils, chacun avec son histoire, ses petits secrets cachés sous les couches de tissu et de rembourrage.

La restauration traditionnelle, celle que je privilégie pour les pièces d’exception, est un véritable marathon. Comptez environ 25 heures de travail pour un tapissier expérimenté ! Tout commence par le dégarnissage complet, puis vient la consolidation de la structure en bois. Ensuite, c’est la magie du garnissage traditionnel : sangles de jute, ressorts cousus et guindés à la main, crin végétal mis en forme avec patience…

Chaque étape demande un savoir-faire particulier. Le crin animal pour le moelleux, les multiples toiles de jute, les piquages qui donnent sa forme définitive à l’assise… Sans oublier que le fauteuil devient de plus en plus lourd au fur et à mesure du garnissage, rendant sa manipulation délicate !

Mais il existe aussi une approche plus contemporaine, utilisant la mousse haute densité. Contrairement aux idées reçues, cette méthode peut offrir un confort et une durabilité excellents, à condition d’utiliser des matériaux de qualité comme la mousse Bultex. L’avantage ? Un confort immédiat et un entretien plus facile dans le temps.

Réinventer le Voltaire pour nos intérieurs modernes

Aujourd’hui, le défi consiste à dépoussiérer l’image parfois vieillotte du fauteuil Voltaire. Car avouons-le, quand on pense à ce meuble, on visualise souvent le velours bordeaux ou ocre de nos grands-mères ! Pourtant, avec les tissus contemporains, ce fauteuil peut devenir une pièce maîtresse ultra-moderne.

J’ai récemment travaillé sur un Voltaire que j’ai habillé d’un magnifique velours bleu pétrole. Le contraste avec la boiserie patinée en gris clair était saisissant ! Le résultat ? Un fauteuil qui dialogue parfaitement avec un canapé contemporain tout en apportant cette touche d’authenticité qui fait l’âme d’un intérieur.

fauteuil voltaire restauré

Pour la boiserie, les possibilités sont infinies. On peut la conserver dans son jus pour les amateurs d’authenticité, la décaper pour retrouver le bois naturel, ou encore lui appliquer une patine moderne. J’ai même vu des Voltaires laqués en noir mat qui étaient absolument somptueux dans un loft industriel !

Côté tissus, je recommande particulièrement les velours contemporains aux couleurs inattendues, les jacquards géométriques, ou encore les lin froissés pour un style plus décontracté. L’important est de respecter l’esprit bourgeois du meuble tout en lui insufflant une modernité assumée.

Chiner et choisir son Voltaire : les secrets d’une experte

Vous rêvez de dénicher le Voltaire parfait ? Laissez-moi vous livrer quelques secrets de chineuse ! D’abord, examinez toujours la structure en bois. Tapotez-la : elle doit sonner plein, sans craquements suspects. Les assemblages doivent être solides, sans jeu excessif.

Ensuite, observez les proportions. Un bon Voltaire doit avoir des accoudoirs à la bonne hauteur (environ 65 cm du sol) et une profondeur d’assise d’au moins 50 cm. Trop petit, il perdra de son confort légendaire.

N’ayez pas peur d’un fauteuil qui a vécu ! Souvent, sous un tissu défraîchi se cache une structure parfaitement saine. D’ailleurs, c’est souvent dans cet état qu’on fait les meilleures affaires. Un Voltaire à restaurer peut coûter entre 150 et 400 euros selon son état, alors qu’une fois restauré, il peut valoir facilement le triple !

Petit conseil d’amie : méfiez-vous des « Voltaire » trop récents qui n’en ont que l’apparence. Un vrai Voltaire du XIXe siècle a une patine, des petites imperfections qui font son charme. Les reproductions modernes, même bien faites, n’ont pas cette âme particulière.

Questions fréquentes sur le fauteuil Voltaire

Combien coûte la restauration d’un fauteuil Voltaire ?

Excellente question ! Le prix varie énormément selon l’état du fauteuil et le type de restauration choisi. Pour une réfection complète traditionnelle, comptez entre 800 et 1500 euros. Une restauration en mousse sera moins onéreuse, autour de 500 à 800 euros. Ces tarifs incluent le tissu, mais attention : un beau tissu d’ameublement peut représenter 200 à 400 euros à lui seul ! Mon conseil ? Demandez toujours plusieurs devis et n’hésitez pas à visiter l’atelier pour juger de la qualité du travail.

Comment reconnaître un vrai Voltaire ancien d’une reproduction ?

Ah, la question à mille euros ! Un Voltaire authentique du XIXe siècle présente certains signes distinctifs. D’abord, la patine du bois : elle ne se fabrique pas, elle se gagne avec le temps. Ensuite, les assemblages : ils sont souvent chevillés plutôt que vissés. Les ressorts d’origine sont en acier forgé, plus épais que les ressorts modernes. Enfin, regardez sous le fauteuil : vous devriez trouver des traces d’anciens clous, des marques d’usure qui racontent l’histoire du meuble. Et puis, il y a cette sensation indéfinissable… un vrai Voltaire ancien a une présence, une gravité que n’ont pas les reproductions.

Peut-on utiliser un fauteuil Voltaire dans un salon moderne ?

Mais bien sûr ! C’est même tout l’art de la décoration contemporaine que de mélanger les époques. Un Voltaire bien choisi et restauré avec goût peut devenir la pièce maîtresse d’un salon moderne. L’astuce ? Jouer sur les contrastes : un Voltaire en velours graphique dans un salon épuré, ou au contraire, un modèle patiné dans un intérieur industriel. L’important est de créer un dialogue entre les pièces, pas une opposition. Et puis, avouons-le, après une journée de travail, se lover dans un vrai Voltaire avec un bon livre… il n’y a rien de plus moderne que ce plaisir intemporel !

Quels tissus choisir pour moderniser un Voltaire ?

Là, on touche à mon péché mignon ! Pour moderniser un Voltaire sans trahir son esprit, je recommande les velours dans des teintes inattendues : bleu canard, vert sauge, ou même un rose poudré très sophistiqué. Les jacquards géométriques fonctionnent aussi très bien, surtout dans les tons neutres. Pour les audacieux, pourquoi pas un cuir vieilli ? Évitez les tissus trop fins ou brillants qui ne rendraient pas justice à la prestance du meuble. Et n’oubliez pas : un Voltaire, c’est fait pour durer, alors choisissez un tissu que vous aimerez encore dans dix ans !

Est-ce que tous les Voltaire ont des ressorts ?

Bonne observation ! Non, tous les Voltaire n’ont pas forcément de ressorts. Les premiers modèles, ceux du début du XIXe siècle, étaient garnis de crin et de bourre. Les ressorts, cette révolution du confort, sont apparus progressivement vers 1840-1850. Certains Voltaire plus tardifs ou certaines reproductions peuvent aussi être garnis uniquement de mousse. Mais attention : un Voltaire sans ressorts n’est pas forcément moins confortable ! Tout dépend de la qualité du garnissage. D’ailleurs, quand je restaure un Voltaire d’origine sans ressorts, je respecte souvent cette conception pour préserver l’authenticité du meuble.